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Phénomène des « garibous », une plaie sociale qui se gangrène au pays des Hommes intègres

D 13 octobre 2016     H 18:05     A Toute info     C 0 messages


Le phénomène des enfants de la rue prend de l’ampleur ces dernières années au Burkina Faso. Ils sont des milliers, ces enfants dont l’âge varie entre 07 et 22 ans, qui ne trouvent rien d’autre à faire que de consacrer leur vie à mendier dans les artères de la capitale burkinabè. Ils passent des journées entières dans la rue et y dorment le plus souvent. Le pire c’est qu’ils s’adonnent à toutes sortes d’actes pour avoir de quoi se nourrir. Le pire de cette gangrène sociale serait d’en arriver à une situation ingérable, faute de mesures appropriées.

Les « garibous », puisque c’est ainsi qu’on les appelle au Burkina Faso et particulièrement à Ouagadougou, sont des enfants laissés à eux-mêmes. Ils n’ont de compte à rendre à personne. En tout cas, à aucun parent, à aucune autorité familiale. Toute leur vie s’organise et se déroule dans la rue. Ils vivent et survivent dans la rue. Sans qu’aucune autorité ne lève le petit doigt pour déplorer leur situation. Dans son livre intitulé « La tentation du savoir en Afrique : Politiques, mythes et stratégies d’éducation au Mali, 1997) », le poète Haïtien Étienne GERARD affirmait sans ambages que « les garibous, ces élèves d’écoles coraniques qui mendient, sont jugés ennuyeux, peut-être dangereux ». Ces enfants s’organisent en plusieurs groupes dans la rue, boîtes en mains, pour « embêter » vendeuses et clients situés aux abords des trottoirs. La survie dans la rue exige une organisation judicieuse pour se protéger contre les intempéries, les tracasseries de tout genre. L’organisation permet aussi une prise en charge collective et une prise en charge de chacun par la bande. Ainsi, ils ont réussi à dresser des tentes à quelques encablures de l’avenue Kwamé N’Kruma où ils se réunissent avec leurs butins, une fois la balade terminée. Sous ces tentes, beaucoup de choses se passent.

Nous y avons fait un tour ce lundi 10 octobre 2016 et quelle ne fut pas notre consternation lorsque nous avons découvert que ces enfants y fument de la cigarette, prennent des solvants et possèdent même des armes blanches. Il suffit de promener le regard à l’intérieur pour se rendre compte que des flacons de substances nuisibles (de dissolutions) jonchent le sol. Nous avons voulu avoir un petit entretien avec eux, mais c’était peine perdu. « Ici nous ne parlons pas avec les journalistes », lance un trentenaire en langue mooré, assis au fond de la tente, visiblement le doyen du groupe. Nous avons insisté pour arracher quelques mots sur leur situation mais en vain. « Il y avait tes camarades même qui étaient là hier, mais nous avons refusé. Bonne journée monsieur le journaliste », conclu un autre sous le regard complice des autres qui secouent leurs tête en guise d’approbation.

Les causes et conséquences de ce phénomène

Mais quelles peuvent être les causes du phénomène massif des enfants de la rue ? De facto, une seule réponse s’avère évidente : la pauvreté des parents. Mais si l’on y voit de plus près, l’Etat est quelquefois responsable de ce phénomène, car jusque-là aucune action concrète n’est entreprise par les autorités pour juguler le fléau. Toutefois, les conséquences se profilent déjà à l’horizon. A cette allure, le cas du Burkina Faso pourrait s’apparenter à celui de la république sœur d’Eburnie, la Côte d’Ivoire. Dans la capitale ivoirienne on ne parle plus d’enfants de la rue mais plutôt de « microbes ». Le phénomène des « microbes » constitue un véritable casse-tête aussi bien pour la population que pour les gouvernants ivoiriens. A Abidjan, ces délinquants adolescents se déplacent en meute et agressent les citoyens à l’aide d’armes blanches, créant la psychose généralisée chez la population.

En Eburnie, on les appelle désormais « les enfants en conflit avec la loi ». Mais qu’appelle-t-on « loi » lorsque cela n’existe pas pour le pauvre enfant qui, au lieu d’être à l’école, se retrouve dans la rue cherchant de quoi mettre sous la dent ? Le phénomène attire notre attention parce qu’en mois d’octobre, bon nombre d’enfants de leur génération regagnent les salles de classe pour la reprise des cours. Ce qui n’est pas le cas pour ces « garibou », toujours sales avec leurs boîtes de conserves, arpentant les zones commerciales à la recherche de quoi se nourrir.

Noufou Ouédraogo
TOUTE INFO, Quotidien burkinabè en ligne

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