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Maître Yacouba Drabo de l’union panafricaine des Dozo : « Les Koglwéogo doivent agir dans la légalité » [In, Notre Temps]

D 21 mars 2016     H 11:15     A TOUTE INFO     C 0 messages


L’insécurité et le grand banditisme sont des maux qui gangrènent la société burkinabè. A l’heure où la population pense que l’Etat a failli à sa mission régalienne qui est d’assurer sa protection, des individus se sont constitués en groupes d’auto- défense. Et actuellement, ceux qui font l’actualité sont les Koglwéogo qui sont applaudis par certains alors que d’autres sont pour leur dissolution. Cependant, ce que beaucoup ignorent, c’est qu’avant l’avènement des Koglwéogo, existaient déjà les Dozo qui luttaient déjà contre le grand banditisme en collaboration avec les forces de sécurité et de défense. Afin d’en savoir un peu plus sur ces groupes d’auto-défense, nous avons rencontré ce vendredi 18 mars 2016 deux responsables des Dozo à savoir : le coordonnateur sous-régional de l’union panafricaine des Dozo sans frontière, Maître Yacouba Drabo dit le Bonck et le coordonnateur national adjoint de l’Union nationale des Dozo tradipraticiens de la santé du Burkina, Dozo-Ba Richard Kaboré. Ils nous ont dans un premier temps présenté les Dozo avant de nous donner leur point de vue en ce qui concerne les groupes d’auto défense communément appelés les Koglwéogo.

Interview réalisée par Edoé MENSAH-DOKPIN


Notre Temps : Maître Yacouba Drabo, dites-nous qui sont les Dozo ?

Maître Yacouba Drabo : Le Dozo est un citoyen comme tout autre. C’est un homme qui vit grâce à l’existence de la forêt, car il vit de la chasse. Il est également un homme qui protège l’environnement, mais aussi qui détient le savoir de la médecine traditionnelle car ayant des dons de guérison. Il contribue également à la sauvegarde de nos valeurs cultuelles et traditionnelles. En bref, c’est quelqu’un qu’on peut appeler le gardien de la tradition. Cependant, il y en a qui prennent les Dozo pour des sorciers, des mangeurs d’âmes ; ce qui n’est pas vrai. La sorcellerie que détient le Dozo, c’est le savoir qu’il possède plus que l’autre. Quand un individu exerce dans un domaine que son semblable ne maîtrise pas, on trouve cela extraordinaire au point de le comparer à un sorcier. Donc les gens doivent comprendre que le Dozo n’est pas un sorcier, un mangeur d’âme.

Que pouvez-vous dire en ce qui concerne l’initiation des Dozos ?

La culture Dozo est initiée à bas âge. Déjà à 7 ans, la formation commence avec la valorisation de la culture, le respect divin de la tradition, le respect divin de la hiérarchie. Hormis cela, le Dozo est formé pour la maîtrise de soi. La maîtrise de soi ici, est de se connaitre, de respecter tout ce qui est tradition. La troisième étape est liée à l’orientation. A partir de 20 ans, celui qui a reçu l’initiation de la part d’un maître dès son bas âge se spécialise dans un domaine donné. Si au cours de son initiation, l’on se rend compte qu’il est doué dans la chasse, il est orienté dans ce domaine et devient à ce moment un Dozo-Ba chasseur. Il y a aussi le Dozo-Ba tradipratricien. Ici, c’est quelqu’un qui n’a même pas le courage de tuer une mouche, mais qui détient le secret de la médecine traditionnelle, de la pharmacopée, la vertu des plantes. On retrouve également le Dozo détenteur du pouvoir mystérieux. C’est quelqu’un qui communique avec les esprits. Il est, lui, gardé au sein des cultures. En résumé, l’union des Dozos est constituée d’éléments protecteurs de l’environnement, d’éléments détenteurs du don de guérison et de celui de la chasse. Enfin, c’est le Dozo-Ba chasseur qui devient par la même occasion, le gardien de la sécurité. De façon ramassée, l’homme Dozo contribue à la protection des biens et personnes dans la Nation, contribue à la lutte contre la dégradation, à l’amélioration de la santé de la population, enfin à la sauvegarde de la culture. Une chose importante à souligner, c’est l’esprit de l’union qui est cultivé au sein de la confrérie des Dozo. En effet, nous ne faisons pas de distinction de religion, ni de race, ni d’ethnie. Au contraire le partage de la sagesse, de l’amour, le pardon, la paix etc. fait notre force.

Dozo-Ba Richard Kaboré est-ce que n’importe qui peut devenir Dozo ? Ou il faut forcément être issu d’une ethnie donnée pour bénéficier de l’initiation ?

Pour être Dozo, c’est comme maître Yacouba Drabo l’a dit un peu plus haut, il faut être initié. On peut être issu d’une famille de Dozo et ne pas être membre. Tant que l’intéressé n’a pas émis la volonté d’être initié, il ne sera jamais Dozo. C’est pour vous faire comprendre que dans la confrérie Dozo, nous ne faisons pas de distinction d’ethnie. Moi par exemple je suis Mossi mais je suis le chef Dozo de Kénédougou et j’ai été initié dans une famille de Sénoufo. C’est juste l’initiation qui est importante, le reste ne compte pas.

Maître Yacouba Drabo, un point essentiel que vous avez relevé est la protection des personnes et des biens par la confrérie. Aujourd’hui, l’actualité est marquée par les actions des Koglwéogo sur le terrain. Que font les Dozo ?

En ce qui concerne les Koglwéogo, nous n’en parlons pas parce que c’est un sujet un peu sensible. Néanmoins, je vais vous répondre. Ce que vous devez savoir, les Koglwéogo ont des devanciers qui sont les Dozo. Depuis la création de notre confrérie, nous avons énormément contribué à la protection des biens et des personnes, à la lutte contre le grand banditisme. Seulement nous le faisons dans la discrétion, en contribution avec le ministère de la Sécurité. Une chose est d’aider le ministère dans la lutte contre le grand banditisme, l’autre est de connaitre ses limites ; c’est ce qui fait la différence. Nous avons toujours exercé dans ce domaine en capturant de grands bandits avec des images et des témoignages à l’appui, mais nous nous sommes soumis aux lois, aux règles du Burkina Faso. Nous n’avons jamais dicté nos propres lois, nous n’avons jamais imposé aux bandits et aux voleurs que nous arrêtons quelque amende que ce soit. Nous, nous considérons nos actions comme étant du volontariat. Et à chaque fois qu’il y a une intervention quelque part pour la lutte contre le banditisme, les braquages etc. et que les forces de l’ordre nous approchent, nous nous rendons automatiquement disponibles pour les accompagner. Nos efforts ne sont pas toujours révélés au grand public, mais les autorités qui nous contactent, les localités dans lesquelles se trouvent les Dozo peuvent témoigner. Alors pour revenir à la question concernant les Koglwéogo, il est important de savoir que tout citoyen honnête, tout digne fils d’une Nation doit contribuer à la lutte contre l’insécurité, accompagner les autorités dans leur lutte pour la protection du pays pour qu’y règne la paix ; c’est un devoir. Mais il ne faut pas vouloir contribuer en allant à l’encontre de la loi ; parce qu’il ne peut jamais exister deux lois dans un même pays. On dit souvent qu’ « Il n’existe pas deux capitaines dans un même bateau », cela est valable pour le cas présent.

Peut-on dire qu’actuellement les Koglwéogo font ombrage aux Dozo ?

Il faut reconnaitre que ces groupes d’auto-défense contribuent beaucoup à la lutte contre l’insécurité ; ce sont des actions que nous louons. Seulement, c’est la façon de faire qui pose problème ici. Mais nous leur disons qu’il n’est pas tard, ils peuvent se corriger.

Quelle différence peut-on faire entre un Dozo et un Koglwéogo ?

C’est simple, la confrérie des Dozo est bien organisée, bien structurée. Les Dozo ont un maître, un guide, et ils reçoivent une initiation ; ce qui n’est pas le cas des Koglwéogo. Ce qui leur manque, c’est l’initiation, la formation et c’est quelque chose de vraiment important. Si vous n’êtes pas formés, il est difficile d’exercer ce métier tout en ayant des résultats positifs ; parce qu’en tant qu’homme, nous avons des limites. Même si on a envie de bien faire et qu’on manque de formation et d’initiation, on peut se tromper. Donc dire que les Koglwéogo font ombrage aux Dozo, je répondrai tout simplement par la négation. Il y a un fait important qu’il faut savoir : notre confrérie nous autorise à porter seulement les fusils de traite. Aucun Dozo n’est autorisé à porter des fusils de calibre 12 ou quelque arme sophistiquée que ce soit sans avoir reçu non seulement l’autorisation d’achat mais aussi un permis de port d’arme. Si j’ai un mot à dire, c’est qu’on ne souhaite pas la dissolution de ces groupes ; mais on demande à nos confrères Koglwéogo si je peux me permettre le terme ; de s’initier, d’adhérer à des associations organisées comme celle des Dozo qui, pendant plus de 20 ans déjà travaille avec les autorités et qui n’a jamais eu de problème avec qui que ce soit. Mais je dis tout simplement que la porte de l’union des Dozo est grandement ouverte à qui veut recevoir une formation ; et nous savons que tous ceux qui vont bénéficier d’une formation des Dozo sauront mieux se comporter en respectant et en accompagnant l’autorité. La preuve aussi est que là où existent de nombreux Koglwéogo, nous avons notre petite association. Mais je rappelle une fois de plus qu’on ne devient pas du jour au lendemain un Dozo. Il faut de prime abord recevoir une initiation, et prêter serment. En plus de cela, chaque Dozo où qu’il soit est enregistré, immatriculé, et il est détenteur d’un badge qui permet de l’identifier facilement. A travers cette immatriculation, un Dozo faisant partie de l’union, s’il sème la pagaille est poursuivi automatiquement. D’ailleurs si un membre initié, qui a prêté serment et qui a connaissance de tout cela, se permet de commettre des bêtises, nous n’avons pas besoin d’attendre que d’autres membres de la confrérie viennent l’attraper et l’attacher.

Mais qui le sanctionne en ce moment ?

Après l’initiation, le Dozo prête serment. C’est tout comme chez les chrétiens, si vous prêtez serment sur la Bible que vous trahissez par la suite ; qui va vous juger ? Ce n’est pas forcément le pasteur ou le prêtre. Vous avez déjà trahi votre serment et en ce moment, la punition est divine et elle vient de Dieu. Il n’y a pas de différence ; nous aussi nous avons nos dieux, nos fétiches, les ancêtres en qui nous croyons et que nous adorons. Donc quand vous trahissez votre serment, vous savez ce qui vous attend. Mais si le fautif reconnait sa faute, on lui impose une petite amende qui dans notre confrérie n’a rien à voir avec l’argent. L’amende peut être un poulet ou un cabri qui sera sacrifié sur notre fétiche et tous les Dozo rassemblés vont déguster.

Maître Yacouba Drabo, selon les rumeurs, il semblerait que les Koglwéogo sont constitués en grande partie de Dozo. Vous confirmez ou vous infirmez ?

Vous savez les gens ont tendance à confondre les Dozo aux autres groupes d’auto-défense. Comme on l’a déjà dit, il n’y a pas de distinction d’ethnie au sein des Dozo ; toute personne issue de n’importe quelle ethnie peut devenir Dozo s’il le souhaite. Vous-même qui m’interviewez, qui n’êtes pas Burkinabè, si vous le voulez, vous pouvez devenir Dozo. Au Togo, au Niger, au Mali, en Côte d’Ivoire, résident les Dozo. Mais en ce qui concerne votre question proprement dite, je ne saurai vous confirmer. Les gens confondent facilement les Dozo avec d’autres individus, même bien avant l’avènement des Koglwéogo. La tenue par exemple, n’importe qui peut se la procurer au marché. C’est seul un Dozo initié qui peut savoir que la tenue qu’un tel porte n’est pas la vraie. Un usurpateur qui porte la tenue et qui se présente devant nous, par sa façon de nous saluer, de se comporter, on sait immédiatement qu’il n’est pas un des nôtres. L’initiation donnée au Mali, en Guinée, en Côte d’Ivoire par exemple est la même et tous parlent le même langage. S’il arrivait qu’un individu non initié porte une vraie tenue dozo, soit elle ne lui appartient pas, soit elle a été volée. Ce n’est donc pas surprenant qu’on retrouve des Koglwéogo qui portent des tenues semblables à celles des Dozo. Ce qui est sûr, ce n’est pas la vraie tenue ; et ce ne sont pas des Dozo. Comme on l’a dit plus haut, l’organisation des Dozo est complètement différente de celle d’autres groupes ou associations.

Il y a également une autre rumeur qui fait état de l’arrivée de Dozo de la Côte d’Ivoire, qui seront actuellement sur le sol burkinabè pour former les Koglwéogo parce qu’ils approuvent leurs actions. Vous qui êtes le chef des Dozo des Hauts-Bassins jusqu’à la frontière ivoirienne, êtes-vous au courant ? Que pouvez-vous dire ?

Sur cette question, je ne suis pas informé. Et ce que vous devez savoir, dans notre confrérie, dès qu’un Dozo arrive dans un village qui n’est pas le sien, la première des choses qu’il fait est de chercher à connaitre le Dozo-Ba du village en question, et chercher à le rencontrer et loger chez lui. Aucun Dozo ne peut quitter ou la Côte d’Ivoire ou le Mali, ou d’autres pays pour Ouagadougou sans chercher à nous rencontrer avant de s’installer ; en ce moment il n’est pas un Dozo. Un vrai Dozo initié, qui fait correctement son boulot ne peut pas traverser la Comoé, le Kénédougou, le Houët sans chercher à nous connaitre. Franchement, personne n’a pris attache avec moi sur la personne au préalable. Moi-même, je suis maître de plus de 1 000 élèves que j’initie. Ces élèves ne peuvent pas apprendre quoi que ce soit et me le cacher. Mais en ce qui concerne la question précédente, je tiens à rappeler que s’il y a un Dozo qui est détenteur de la carte d’Union nationale des tradipraticiens de la santé du Burkina Faso qui sont liés à ces Koglwéogo, s’ils ont un problème, nous le rejetterons. Mais si d’aventure nous apprenons qu’effectivement il y a un de nos membres parmi les groupes d’auto-défense, nous retirons purement et simplement notre carte ; parce que nous, à l’heure actuelle, nous ne collaborons pas avec les Koglwéogo.

Vous ne collaborez pas avec eux. Est-ce à dire qu’actuellement il n’y a aucun contact entre vous ?

Il n’y a aucun contact entre nous. Ils ne nous ont pas approchés, ils n’ont pas reçu l’initiation.

Mais peut-on trouver dans les Hauts-Bassins des Koglwéogo ?

Il n’y a aucun Koglwéogo, même pas un seul dans les Hauts-Bassins. Ces groupes sont essentiellement dans l’Est, vers Fada. A Bobo, il n’y a que des Dozo initiés qui suivent à la lettre les recommandations de leur maître. Aucun d’eux ne peut aller à l’encontre des ordres qu’ils reçoivent.

Maître Yacouba Drabo de façon tranchée, êtes-vous pour ou contre la dissolution des Koglwéogo ?

Comme je l’avais dit au début, les Koglwéogo ont des devanciers qui sont les Dozo qui, pendant des années, ont accompagné dans le respect de la loi, les forces de sécurité dans la lutte contre le grand banditisme. Mais en ce qui concerne la dissolution ou pas de ces groupes, nous laissons le choix aux autorités de décider. Cependant, nous pouvons prodiguer quelques conseils à nos confrères. Ils doivent savoir que « nul n’est au-dessus de la loi ». Je vais vous raconter une petite histoire. Il y a quelques mois de cela, un voleur s’est rendu au domicile d’un de nos membres et a volé sa moto. Etant en période d’hivernage, il l’a cachée dans la brousse. Le Dozo propriétaire de la moto l’a pisté et a finalement retrouvé sa moto cachée sous un arbre. Il a alors grimpé sur l’arbre et a attendu patiemment le filou. Ce dernier revenu pour récupérer l’engin caché s’est retrouvé face à sa victime. Alors s’en est suivi un affrontement entre les deux hommes. Le combat qui s’est déroulé en trois étapes a finalement été gagné par le Dozo. La première étape, ils se sont affrontés avec des couteaux qui n’avaient aucun effet sur les deux. Le deuxième round a été marqué par le combat aux armes à feu qui est resté sans issue également. C’est le côté mystique au troisième round qui a vu la victoire du Dozo sur le voleur qui, malheureusement, a succombé quelques jours après à ses blessures. Mai étant donné qu’il existe une loi à laquelle nous sommes tous soumis, le victorieux a été condamné et emprisonné. Mais à notre niveau, nous n’avons pas fait de tapage pour cela car il a enfreint à la loi et nous nous soumettons. Je vous ai raconté cette histoire pour vous montrer aussi les risques que nous en courons au quotidien en affrontant les bandits. Il faut souligner que nous travaillons à risque en allant arrêter les bandits ; nos efforts ne sont pas salués, on ne parle pas de nos actions dans les médias. Ce qu’il faut savoir, c’est que les grands bandits, mis à part les armes qu’ils portent sur eux avant d’opérer, se préparent mystiquement. Et le Dozo qui va pour l’affronter ne va pas avec des armes que vous connaissez. Mais avec les Dozo, nous devons main dans la main œuvrer dans la lutte contre l’insécurité tout ceci dans le respect de la loi. Et étant donné que c’est un accompagnement que nous faisons, nous ne pouvons pas penser que nous sommes plus forts, ou que nous travaillons plus que les forces de sécurité ou de l’ordre. Il faut qu’ils mettent un peu d’eau dans leur vin comme on aime le dire si bien, en respectant l’autorité. Nous les invitons également à agir dans la légalité en se procurant des récépissés.

On va repartir un tout petit peu en arrière. En effet, les Dozo ont été accusés d’avoir pris part activement à la crise ivoirienne. Que pouvez-vous nous dire sur ce sujet ?

Ce qu’il faut savoir, c’est que le Dozo est apolitique. Il ne prend pas parti pour un individu, un politique ou un parti politique. Mais dans un pays, dans lequel existent des Dozo, et qui est confronté à une crise, le Dozo a le devoir d’observer l’impartialité ; la rigueur en se rangeant du côté du peuple car l’une de ses principales missions est la protection de la population. Quand vous parlez de la crise ivoirienne, je vous dirai qu’on s’est rangé du côté du peuple. Et puis si la communauté internationale a condamné les actions de Laurent Gbagbo que peut faire le Dozo dans ce cas. Quand deux armées s’affrontent et qu’on massacre la population tandis que l’autre la protège, c’est naturel que les Dozo soutiennent celle qui protège le peuple. En résumé, pour cette question, quand ce sont des questions politiques, les Dozo restent dans l’impartialité. Donc pour revenir sur ce qui s’est passé en Côte d’Ivoire, les Dozo n’ont pas en réalité pris part aux combats en prenant parti. Vous convenez avec moi qu’il y a eu énormément de massacres, la population avait besoin d’aide ; alors à un moment donné il fallait réagir. Il y avait une question d’honneur. Si tu restes chez toi en croisant les bras, c’est chez toi qu’on viendra te tuer. Le mieux c’est d’aller au front et mourir avec honneur. Il faut souligner qu’il y a eu un moment où les Dozo du Nord se sentaient menacés. Au Nord de la Côte d’Ivoire, il n’y avait plus d’électricité, il n’y avait plus d’eau. Cette partie était coupée du pays. Suite à cette situation, des Dozo ont décidé d’intervenir aux côtés des populations. D’ailleurs il y a des Dozo burkinabè qui ont franchi la frontière pour aller prêter main forte à ceux qui sont en Côte d’Ivoire. C’est ça aussi la force de notre confrérie ; à chaque fois que l’un d’entre nous est en difficulté, nous lui venons en aide. Au Burkina Faso, il y a eu ces derniers mois, beaucoup de problèmes, mais on est resté silencieux. Nos réactions ont consisté à accompagner tout simplement la population. Nous avons été au cimetière pour apporter notre soutien aux familles endeuillées et dire aux individus animés de mauvaises intentions, d’arrêter quand il est encore temps.

Dozo-Ba Richard Kaboré, dans cette guerre vous avez enregistré des pertes ; pouvez-vous nous donner des chiffres ?

Les pertes, il y en a eu, je ne peux pas le nier. Seulement je ne peux pas vous donner des chiffres. L’essentiel, c’est le résultat final qui compte. Ils ont atteint les objectifs qu’ils se sont fixés en s’engageant dans cette guerre.

Vu la situation qui prévaut entre les Koglwéogo et les forces de sécurité, ne peut-on pas craindre la situation de la Côte d’Ivoire ?

Nous reconnaissons que les Koglwéogo n’ont pas une structure organisée ; donc c’est aux autorités de prendre leur responsabilité pour les encadrer. Ils posent des actions louables ; ce qui prouve que la population a besoin d’eux.

Quelles seront alors vos futures actions ?

Nous, nous contribuons déjà à la protection de l’environnement, en initiant des reboisements. C’est peut-être un danger de regrouper des gens, et ne pas les occuper. L’Union nationale des Dozo tradipraticiens a évolué de 100 personnes à 2 000 voire 3 000 membres. Mais ces hommes et femmes, ne peuvent pas être laissés à eux-mêmes sans rien faire. Alors nous avons élaboré le projet de la protection de l’environnement. Et en protégeant l’environnement, nous avons initié ceux que nous appelons les tradipraticiens. Si tous les Dozo doivent devenir des chasseurs, demain nos enfants ne connaîtront même pas le nom de certains gibiers. Alors étant donné qu’on est nombreux et qu’on détient des connaissances en matière de médecine traditionnelle, nous avons décidé de la valoriser. Et c’est ce qui est à la base de la création de l’Union nationale des tradipraticiens. En valorisant cette médecine traditionnelle, nous nous sommes rendu compte qu’il y a des arbres, des plantes médicinales qui sont en voie de disparition ; alors on s’est donné pour mission d’initier la plantation d’arbres, ce qui nous a permis de préserver des plantes médicinales qui étaient en voie de disparition. Etant donné que l’effectif ne cesse d’augmenter (plus de 4 000 membres aujourd’hui) nous avons réfléchi à quoi faire pour occuper tout ce monde. Nous avons initié alors des champs de groupement pour leur permettre de travailler en groupe afin de produire plus et gagner le maximum de bénéfices. Mais cela n’est toujours pas suffisant. Alors étant donné que nous contribuons énormément à la lutte contre le grand banditisme, même si l’on n’en parle pas, même si nos actions ne sont pas visibles, nous avons décidé de faire mieux. Nous avons alors pensé à créer « Dozo assistance internationale (DAI) ». C’est une société de gardiennage qui aura pour mission de vendre ses services à toute personne qui émettra le besoin. Je vous rappelle que ce sont des hommes et femmes bien formés dans le respect de la confrérie et qui prêteront serment, qui exerceront ce métier. Toujours dans notre contribution dans la société, nous faisons également des dons de sang lors de nos nuits culturelles. Et ces trois dernières années, nous avons donné plus de 1 000 poches de sang des Dozos.