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Procès Thomas Sankara : Une catharsis grandeur nature

D 20 avril 2021     H 12:32     A TOUTE INFO     C 0 messages


Si le dossier Thomas Sankara et ses compagnons d’infortune est vidé, le Burkina connaitra l’épilogue d’un drame noué le 15 octobre 1987. Ce jour marque l’une des prises de pouvoir les plus spectaculaires et dans le sang en Afrique. Le Capitaine Thomas Sankara et 12 de ses compagnons sont sacrifiés sur l’autel du pouvoir avec pour principal bénéficiaire Blaise Compaoré inculpé pour attentat, complicité d’atteinte à la sûreté de l’État, assassinat et recel de cadavre.

Treize autres personnes vont le rejoindre dans le box des accusés pour ce qui s’annonce comme un procès emblématique. Les plus connus sont sans doute l’adjudant Hyacinthe Kafando en fuite et le Général Gilbert Diendéré déjà incarcéré
Le crime odieux du 15 octobre 1987 a marqué des générations de Burkinabè et d’Africains. Et aujourd’hui, le Tribunal militaire va offrir une occasion de catharsis grandeur nature aux peuples burkinabè et africains. Beaucoup d’entre eux sont frustrés. Ils vivent mal la fin brutale d’une expérience prometteuse pour les masses africaines.
La douleur est d’autant vive que l’incurie de l’élite est la règle la mieux partagée sur le continent africain. La place laissée vacante depuis la disparition tragique de Thomas Sankara ne trouve toujours pas preneur. Les présidents se succèdent mais ne rivalisent que dans la corruption et dans l’incapacité à défendre les intérêts de leurs peuples. Le sacrifice pour se rapprocher des valeurs incarnées par le jeune capitaine parait trop élevé pour des présidents incapables de se réinventer. Ils aiment le confort matériel là où un Thomas Sankara avait fait le choix de vivre avec peu. Le favoritisme, le conflit d’intérêt constituent leur lot là où Sankara avait choisi de respecter le bien public.
Dans un contexte de corruption généralisée, l’on ne peut que regretter l’intégrité du capitaine. Dans un contexte de recolonisation, l’on ne peut que regretter la verve anti- impérialiste du leader de la révolution d’aout 1983.
C’est pour avoir su mesurer l’écart entre la lumière incarnée par Thomas Sankara et l’obscurité symbolisée par de nombreux dirigeants africains que la jeunesse africaine a pris fait et cause pour l’idéal révolutionnaire le capitaine.

Les leçons d’un procès :

Le procès en vue s’annonce comme un événement digne de l’envergure de la personnalité de Thomas Sankara. Il reste que le tribunal en charge du dossier se montre digne de l’événement.
Les personnalités attendues sur le banc des accusés sont plus que toxiques. Après avoir assassiné Thomas Sankara, elles ont continué à traumatiser ses compagnons et tous ceux qui ont très tôt rêvés de justice pour lui. Nombre de compagnons de Sankara ont connu la prison, l’exil, le chômage, la violence, la mort. En d’autres termes, une chape de plomb s’est abattue sur les rescapés du régime Sankara.
Hyacinthe Kafando a pu incarner le visage de tortionnaire du régime de Blaise Compaoré. L’évocation de son nom suffisait à faire trembler les contempteurs du pouvoir issu du coup d’état sanglant du 15 octobre 1987.
Que dire du Général Gilbert Dienderé ? Le patron incontesté de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle. Il est apparu comme l’un des stratèges du pouvoir Compaoré. C’est l’homme qui faisait et défaisait les personnalités. Mieux valait l’avoir avec soi que contre soi. IL a régenté les 27 ans de pouvoir de Blaise Compaoré. Même lorsque tout a semblé perdu avec l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, il a tenté un baroud d’honneur pour remettre le Congrès pour la démocratie et le progrès en selle. L’échec du putsch désespéré de septembre 2015 lui vaut de croupir en prison aujourd’hui pour 20 ans.
L’exilé d’Abidjan depuis octobre 2014, aura inspiré crainte et admiration durant les 27 ans passés au pouvoir au Burkina. Il était craint dans la sous-région. Il était perçu comme l’homme des basses besognes des français en Afrique de l’Ouest. Et ils ont su lui rendre la pareille en l’exfiltrant vers la Côte d’Ivoire le 31 octobre 2014.
Le peuple burkinabè et de nombreux africains attendent donc un procès hors normes. L’aura d’un Sankara sera confrontée aux souvenirs douloureux des 27 ans d’un Blaise Compaoré et de sa horde de tortionnaires. Des souvenirs douloureux vont resurgir chez nombre de Burkinabè, surtout chez les proches de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune. Ilo en sera de même chez nombre de victimes du régime Compaoré et de leurs proches. Mais c’est un passage obligé vers la justice et la vérité.
Là où l’insurrection populaire n’a pas réussi à briser le mythe du régime Compaoré, il faut espérer que le procès de l’affaire Sankara y parvienne. Les plus sceptiques vont découvrir une partie de la vraie nature de ce régime. Et si la justice parvient à enrôler les dossiers Dabo Boukary et Norbert Zongo, même si le mythe ne tombe pas, plus grand-chose ne va subsister.
En tout état, c’est la victoire du peuple burkinabè en lutte depuis contre l’impunité des crimes de sang et des crimes économiques. Ni la violence du régime Compaoré n’y a rien fait.
En outre, après avoir réussi le procès du putsch manqué de septembre 2015, la justice fut-elle militaire a là l’occasion de réhabiliter encore plus son image. Et il faut espérer que ceux qui ont en charge les dossiers Dabo Boukary et Norbert Zongo n’activent aussi la cadence.

La Rédaction
Editorial N°009 du mardi 20 avril 2021
www.touteinfo.com, journal d’investigation en ligne
contact@touteinfo.com

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